1.Comment êtes vous devenue sur ?
Chaque histoire est absolument unique et en même temps, on retrouve pour chacune deux éléments forts : un désir d'absolu que Dieu seul peut combler et un désir de servir les hommes d'une manière particulière, par la prière.
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2. Pourquoi est-ce que vous travaillez en silence ?
Nous travaillons en silence pour rester à l'écoute de Dieu. Si le travail le demande, nous échangeons à voix basse et brièvement, comme nous le demande Ste Claire (enfin, nous essayons !). Ce silence extérieur m'aide à garder le silence du cur, à rester à l'affût de Dieu. Car il me parle à chaque instant, par sa Parole, par les autres, par les événements du monde Le silence est décapant, mais il me permet aussi de faire l'expérience de la rencontre de Dieu
3. Est-ce que vous avez déjà vu Dieu ?
Oui et non ! Non, car " nul ne peut voir Dieu " comme nous dit l'Évangile. Il est au-delà de tout. Oui, car dans son désir que l'homme le connaisse, Il a pris visage humain en Jésus de Nazareth. Les Évangiles me révèlent le visage d'un Dieu pauvre et serviteur. Jésus me rejoint jusque dans mes impasses et ma mort pour me sauver et m'offrir la vie, la vie en abondance. Il s'identifie par amour à tout homme. Quand je vois le visage d'un frère, d'une sur, d'un inconnu, je vois aussi celui de Dieu.
4. Êtes-vous déjà tombée amoureuse ?
Oui ! On peut faire à la fois l'expérience d'un début d'amour humain et de l'appel de Dieu. L'appel de Dieu ne s'impose pas. Dieu nous choisit, mais il désire aussi que nous le choisissions Pour moi, la séduction de l'amour du Christ a été la plus forte !
5. Si on s'est trompé, est-ce qu'on a le droit de partir ?
Pendant les six premières années, oui, on peut partir. Ce sont six années de formation et de discernement. Il peut donc arriver qu'effectivement, on découvre que la forme de vie de Ste Claire n'est pas celle à laquelle le Seigneur nous appelle. Alors non seulement on peut, mais on doit repartir. Au cours de ces années de discernement, on expérimente joies et difficultés, on expérimente que la vie avec Dieu n'est pas une assurance tous risques ! Dieu ne supprime pas les difficultés d'un coup de baguette magique, mais Il nous apprend à les vivre avec Lui en lui faisant confiance. Alors, on peut librement s'engager pour toujours.
6. Pourquoi est-ce que vous vous engagez pour toujours ?
C'est vrai que s'engager pour toujours, ce n'est pas très à la mode aujourd'hui ! Pourquoi le faire ? Simplement parce que dans l'amour, il n'y a pas de CDD . Dire à quelqu'un : " Voyons je t'aimerai six mois ! ", est-ce que c'est vraiment de l'amour ? C'est un peu fou de s'engager pour toujours, mais je peux le faire parce que Dieu lui-même s'engage envers moi, je sais que son amour est de toujours à toujours. Mon amour est fragile et fluctuant, mais Lui, Il ne me lâchera pas. S'engager pour toujours, c'est être témoin de cet amour fou de Dieu qui s'est totalement engagé pour l'homme. Pour nous préparer à cet engagement, nous avons un long temps (six ans minimum).
7. Vous êtes heureuse comme ça ?
Oui ! Et c'est important. Le bonheur profond est un signe de vocation. Dieu ne désire qu'une chose : nous rendre heureux. Être malheureuse ou triste est le signe qu'on s'est peut-être trompée de voie. En même temps, comme dans toute existence, il y a des difficultés. Elles peuvent venir des différences de sensibilités entre surs, du doute à certains moments . Ces difficultés nous poussent à nous enraciner davantage en Dieu, à nous ouvrir à son salut. A la fois pour nous et pour tous ceux qui traversent l'épreuve.
8. Est-ce que vous ne vous ennuyez pas trop ?.
Non, pas vraiment !!! Les journées sont bien remplies : temps de prière, travail, détente, rencontres fraternelles sans oublier les imprévus !
9. Pourquoi ne dites-vous pas la messe ?
Parce que ce n'est pas mon rôle dans l'Église. Ma mission est de collaborer à l'uvre de Dieu d'une autre manière : en vivant l'Évangile dans la simplicité et l'humilité, en assurant le service de la prière pour tous.
10. Est-ce que vous revoyez vos parents ?
Oui, bien sûr ! Ils peuvent venir au monastère à intervalles réguliers, comme tous nos amis et proches. Peu à peu de nouvelles relations se tissent, plus profondes. Mais il faut du temps, car notre choix n'est pas toujours compris et accepté d'emblée. Lorsqu'ils ne peuvent plus venir ou sont gravement malades, alors c'est nous qui leur rendons visite.
Oui et non ! Nous prenons des vacances, mais nous restons au monastère, car il n'y a pas de vacances pour la prière. Cela paraît incompréhensible ? Eh bien si, ce sont vraiment de bonnes vacances, détendantes et joyeuses ! Nous nous entraidons pour tous les travaux nécessaires (" pluches ", cuisine ) et le reste du temps se passe en détente (sport, musique, jeux, vidéos ) et rencontres fraternelles.
12. Est-ce que vous vous sentez concernées par ce qui se passe dans le monde ?
Très concernée. Beaucoup plus depuis que je suis au monastère qu'avant ! Pendant les repas, nous lisons les nouvelles les plus importantes. Dieu aime notre monde, il est à l'uvre pour le sauver. Je collabore à son uvre en portant dans la prière tous ceux qui en ont besoin. Mais aussi en luttant contre le mal, l'orgueil et l'égoïsme qui sont en moi comme en tout homme. Comment prier pour un pays en guerre si je ne commence pas par me convertir et devenir un artisan de paix dans ma communauté ?
13. Est-ce que vous vous disputez souvent ?
Ma foi non ! De vraies disputes peuvent se produire, mais elles sont rares. Par contre, c'est vrai que la vie fraternelle au quotidien est exigeante. Nous ne nous sommes pas choisies et nos tempéraments sont différents. Les agacements et les frictions sont courants ! Il faut être toujours prête à quitter ses idées, ses manières de voir et de faire les choses pour bâtir un " vivre ensemble ". Ce cadeau de Dieu qu'est le pardon est essentiel pour construire et reconstruire la communauté.
14. Les plus âgées sont-elles obligées de travailler ?
Aucune sur n'est " obligée " de faire quoi que ce soit au monastère ! C'est une vie que nous choisissons librement. Les surs âgées aiment servir la communauté jusqu'au bout, selon leurs possibilités et leurs dons personnels. L'amour ne se met jamais à la retraite !
15. Pourquoi habitez-vous toutes ensemble ?
Parce que Dieu nous appelle à suivre le Christ avec d'autres. Nous choisissons de bâtir une communauté fraternelle avec les surs que Dieu nous donne. Pour cela, nous partageons tout ce que ce que nous avons, tout ce que nous sommes.
16. Pourquoi est-ce que vous portez des sandales ? Vous n'avez pas froid aux pieds ?
Cela peut arriver, mais si j'ai trop froid, je mets des chaussettes, car il vaut mieux en porter que d'être obligée de me soigner ! Ce tout petit manque de confort me permet de rejoindre ceux qui vivent dans la précarité et qui ne l'ont pas choisie. Même si cela paraît spectaculaire, ce n'est qu'un détail. C'est un moyen de me rappeler qu'il ne faut pas se créer de besoins superflus.
17. Vous faites quoi comme travail ?
Cela varie selon les monastères. Il y a bien sûr tous les travaux ménagers, la cuisine, l'entretien du jardin. Pour gagner notre vie, nous faisons un travail rémunéré (mais toujours à l'intérieur du monastère) : cela peut être de l'imprimerie, de la reliure, des hosties, des ornements liturgiques, du cannage
18. Combien êtes-vous dans la communauté ?
Le nombre de surs varie d'une communauté à l'autre. Il peut aller de 10 à 30 surs environ..
19. Est-ce que chez vous c'est le paradis ?
Le paradis, ce n'est pas un lieu, c'est Dieu lui-même ! Alors c'est le paradis chez nous quand l'amour de Dieu et des autres prend toute la place !
20. Est-ce que vous regardez la télé ?
Peu. Nous préférons la lecture des journaux qui permet davantage de recul par rapport aux événements.
21. Comment se passe une journée ?.
Chaque monastère est autonome et choisit son emploi du temps. L'horaire d'une journée peut donc changer d'une communauté à l'autre. Cependant, la structure est la même. Notre journée est rythmée par la prière : personnelle et communautaire (célébrations liturgiques). Le reste du temps se partage entre travail, rencontre fraternelle, lecture spirituelle, sans oublier... les repas, les temps de détente et le sommeil !
22. Est-ce qu'il y a des garçons clarisses ?.
Non ! bien qu'un certain nombre en ait exprimé le désir ! Les hommes qui entrent dans notre famille spirituelle deviennent franciscains ou capucins. Ils vivent la même vie évangélique que nous, mais au cur de la société et non dans le retrait d'un monastère.
23. Est-ce que Dieu vous a déjà parlé ?
Oui, Dieu m'a déjà parlé et me parle chaque jour. Dans la Bible, il se révèle comme le Dieu de la Parole, celui qui veut entrer en relation personnelle avec l'homme. Quand j'écoute la Bible, c'est lui qui me parle. Mais pour l'entendre, il faut que j'ouvre toutes grandes les oreilles de mon cur, car Dieu est humble et discret Il ne crie pas Il faut que je laisse tomber mes idées toutes faites pour me mettre à l'écoute de ce que Lui veut me dire En découvrant comment Dieu a agi dans l'histoire du peuple d'Israël, j'apprends comment il travaille aujourd'hui dans le monde. J'apprends à l'écouter me parler par la beauté de sa création, par les autres, par les événements